Amour et attachement, sans modération !

(état de veille, épisode 10)




BONHEUR / ENERGIE ?

Souvent confondues, ces deux formes de relation sont complémentaires.

Dans notre culture occidentale, l’amour serait la condition du bonheur. De l’attachement, il est peu question.

Dans les sociétés traditionnelles, la priorité est donnée à l’attachement, source d’énergie. Et l’appartenance prime sur l’amour.

SEDUCTION / RESPECT ?

Le grand avantage de l’attachement sur l’amour est qu’il protège la relation de toute forme de violence.

Nous faisons la cruelle expérience que l’amour peut être associé à des jeux psychologiques, à des tentatives de séduction : faire entrer l’autre dans notre propre désir au risque de le manipuler.

L’amour de nos parents ne les mettait à l’abri ni de pratiques telles que l’humiliation, la moquerie, la privation comme outils supposés de pédagogie, ni d’indiscrétion ou de surprotection comme prétendus gages de leur sollicitude.

Et nous-mêmes, sommes-nous convaincus des méfaits de ces réactions émotionnelles qui nous font passer de l’autorité au pouvoir, de la vitalité de la relation au soulagement de la vengeance ?

DESIR / BESOIN ?

L’amour est une expérience mue par le désir d’autrui.
L’attachement relève du besoin d’autrui.

Alors que dans une situation de dépendance, autrui est interchangeable, dans l’amour comme dans l’attachement, il ne l’est pas.

INTIMITE / PROXIMITE ?

Dans l’amour, il importe d’être intime.
Dans l’attachement, il s’agit d’être proche.
L’amour est une histoire de rencontre qui met en jeu le cœur. Il nous apporte grâce, vibrations et joie.
L’attachement est une affaire de proximité qui intéresse le corps, joue sur l’équilibre hormonal et l’énergie. Notre santé et notre sécurité en dépendent. Comme notre capacité à nous adapter et, un jour, à nous séparer pour répondre à l’appel du grand large.

DON / ECHANGE ?

Parce que j’aime mon enfant, je souhaite lui éviter les aléas de la vie, les épreuves et les deuils. Je rêve de gommer ce qui provoque douleurs, frustrations et peurs.

Parce que je me propose d’être pour cet enfant « figure d’attachement », je donne priorité à être disponible pour l’écouter, accueillir ses émotions, oser lui exprimer mon désaccord, protester, poser des interdits ou l’encourager et ainsi l’inviter à trouver ses propres ressources.

Dans l’amour, je voudrais le rendre heureux, au moins lui éviter d’être malheureux. Dans l’attachement, je suis là, dans une présence dont j’espère qu’il va y trouver réconfort et apaisement, énergie et confiance en lui.

Le geste de donner est celui qui est associé à aimer.
Premier mouvement d’un parent, réflexe de l’adulte dans l’ouverture.
Le besoin équivalent dans une relation d’attachement est celui d’échanger.

En résumé, dans l’amour je suis là « pour » Dans l’attachement, je suis là « avec ».

PEUR / CHAGRIN ?

Dans l’amour, je suis tourmenté par la peur de perdre alors que dans l’attachement perdre est un processus nécessaire et vital.

L’amour s’accompagne de peur alors que l’attachement suscite du chagrin.

L’amour est objet de recherche anxieuse.
L’attachement est quête de présence réconfortante.
L’amour induit un désir de continuité alors que l’alternance est nécessaire dans l’attachement, dans un cycle attachement-séparation.

L’amour, qui introduit l’extraordinaire dans l’ordinaire, se vit dans un climat de tension, provoque désorganisation et/ou réorganisation, invite à l’exploration ou à la révolution.
Dans l’attachement, le mouvement intervient après organisation, après construction.

CARENCE / VIOLENCE ?

Faisons la distinction entre :

  • déficit d’amour, éprouvé comme carence et risque de régression,
  • et manque d’attachement, comme risque de dépendances et de violences dont les mises en danger, les tentatives de suicide, les dépressions, les sabotages...

Mammifères, nous savons d’instinct comment procurer du soutien: proximité, contact, réconfort de la voix ou de la caresse.
Hommes civilisés, nous recevons très vite des modèles du « comment aimer ». Modèles très différents d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre.

L’amour est menacé par le social : institutions, lois, normes, ou traditions. L’attachement est menacé par le passé : deuils inachevés, secrets, poids d’une histoire familiale ...

FEUILLES / RACINES ?

Si l’amour donne des ailes, l’attachement permet de se sentir ancré sur le sol, posé sur ses pieds et rassuré par ce point de sécurité.

Si l’amour confère liberté, sensation d’expansion et joie de développer des feuilles, l’attachement est associé à la sécurité de sentir des racines :

  • à une famille, et c’est l’appartenance
  • à un lieu, à un temps, et c’est l’incarnation
  • aux autres, et c’est l’implication
  • à sa vie, et c’est l’engagement.



Amour et attachement comme condition de croissance, de santé et d’autonomie (état de veille, conférence)