Bizutage : Silence, on humilie ! (chronique anachronique 3)


Etre le bon parent d’un écolier, ce serait souvent jusqu’à l’excès et parfois jusqu’à l’absurde, tout vérifier : le menu de la cantine, le cartable, les notes, les copains et la moralité des enseignants.

C’est-à-dire ouvrir l’œil et ne rien laisser passer. Avec la menace de vouloir tout contrôler.

Etre le bon parent d’un lycéen ou d’un étudiant, est-ce que ce serait devenir aveugle aux risques du bizutage, ce tabou résistant ?

L’absence de rites de passage autoriserait-elle ces dérives ?

Comment expliquer notre passivité, notre surdité à cette torture d’un autre âge, dans les lycées ou les prépa ?

D’autres formes de violence éducative sont objet de débat, mais celle-ci est tellement obscène qu’elle reste « tue », cachée derrière les hauts murs des établissements d’études secondaires ou supérieures.

Elle fait penser aux scandales, enfin révélés, commis dans ces pensions réputées, sur le corps et l’âme des élèves. Elèves qui qui sont aujourd’hui nos pères ou nos mères, grands-mères, grands-pères, éducateurs, directeurs, recteurs.

Nous lisons avec effroi les abus qu’ils ont subis, la honte qui les a ensuite accompagnés, l’horreur de ces menaces, mortifications, blessures. Et nous laissons ce régime de terreur se prolonger en (presque) toute impunité, en fermant les yeux sur ce scandale, en craignant de dénoncer cette pratique dommageable pour chacun : victime, témoin ou acteur des sévices imposés.

Qui aidera ces jeunes adultes à s’approprier une élémentaire capacité à dire non et à mettre un terme à cet engrenage ?

A qui profite ce crime ?

Qui va dépasser une indignation a posteriori pour poser un interdit suivi d’effet ?

Qui va dénoncer – avec efficacité – ces humiliations encore banalisées ?

Qui fera reconnaître l’obscénité de cette tradition ?

Qui osera dire, non pas « le roi est nu » mais « nos jeunes sont en danger » ?

Qui reconnaîtra qu’ils sont l’objet de manipulations et de dérision ?

Et qui mettra enfin un terme à ce supplice inavoué car inavouable ?

︎ MIRO, Joan (1958), A toute épreuve (Paul Éluard), Colour woodcut on laid paper, 47.5 x 36.6 cm, source