Enfants privilégiés, enfants gâtés (chronique anachronique 4)


La même semaine, deux expériences que je souhaite relier :

- l’émission « Envoyé spécial », du 10 novembre 2011, qui mettait le spot sur le contenu de nos poubelles et sur ce gaspillage dont nous sommes tous acteurs, complices, témoins et donc peu ou prou tous responsables.
- une invitation dans un restaurant à volonté, dont la carte est assortie d’une mise en garde :

"Chers clients,
Vous pouvez commander ce que vous voulez mais nous vous prions de ne pas gâcher la nourriture. Si tel est le cas, 1 € par pièce restante vous sera facturé


Que faire de la juxtaposition de ces deux expériences ?

Je me suis alors imaginée Chef d’établissement scolaire.
J’ai rêvé à ce que je pourrais proposer de différent dans ce cadre à haute teneur pédagogique.

Ce rêve :

Je garderais mon cuisinier si talentueux et créatif.
Je modifierais le self afin que chacun puisse se servir selon son appétit ou … sa gourmandise.
Je posterais près de la sortie un péage qui imposerait le versement de 1€ par assiette « non terminée » ou par aliment non consommé.

Oui, oui, je devine la résistance des parents ou des éducateurs.
Mais elle est moindre que mon indignation devant cette insouciance manifeste et ce scandale banalisé.

Impossible pour moi, dans ce rôle, de valider un tel déni. Déni du respect que chacun doit développer vis-à-vis du monde dans lequel il vit. Et à l’égard de lui- même, bien sûr.

Je considérerais qu’il me revient de rappeler à ces jeunes les limites : non, les ressources de notre planète ne sont pas infinies. Non, ils ne sont plus des bébés dont l’avidité pourrait attirer plus d’indulgence que de courroux.
Oui, il est urgent de prendre en compte la réalité à la fois économique, politique, éthique et humaine.

ENFANTS PRIVILEGIES

Papa, Maman ont dûment remis le chèque permettant l’accès à la cantine.
Le cuisinier a mis sa compétence au service de la collectivité.
Les surveillants veillent à ce que ces temps de repas se passent dans les meilleures conditions.

ENFANTS GATES

Qu’est-ce qui justifierait chez ces jeunes « consommateurs » ce mépris affiché pour cet argent, ce talent, cette vigilance, ces soins ? Mépris bien tangible dans le contenu des plateaux à l’issue du repas et des poubelles aux portes de ces établissements !

Si j’étais Directrice à l’Education Nationale, j’insisterais sur cette règle de respect et sa mise en application quotidienne.
Chaque élève, collégien, lycéen, étudiant serait rappelé à la responsabilité qu’il a, lui, dans sa relation au monde 24 heures sur 24 :

- Importance des limites dans notre société de consommation

- risques de dépendance aux images et aux pubs.

- conscience à mettre dans le geste de prendre ce dont j’ai besoin, ni plus,

- ni moins.

- peur de se démarquer du groupe

- dangers d’un mimétisme peu compatible avec le discernement.

Priviligiés, ces jeunes, c’est un constat. Gâtés, c’est une aberration !