Fièvre castratrice 
(chronique anachronique 13)


Sale temps pour les migraineux si notre médecine dicte l’ablation de l’organe défaillant !

Menaces d’amputation du membre handicapé, de retrait de l’organe suspect et d’extraction systématique de la dent abîmée…

Femmes, protégeons nos seins et nos ventres !

Hommes, méfiez-vous du bistouri !

N’avouez jamais imprudemment une défaillance érectile ! Si le sujet est délicat, l’objet est précieux. La chirurgie correctrice de votre virilité est en inflation et votre prostate constitue déjà une cible prisée.

Sans doute ce vent mauvais vient-il de nos peurs les plus archaïques : maladie, souffrance, mort. Mais faute de bon sens, sommes-nous susceptibles d’être entraînés dans une tornade diabolique ? Fantasme du risque zéro, illusion du « tout sous contrôle », folie du corps objet de maltraitance remboursée par la Sécurité Sociale ?

Qui suis-je pour mon médecin ?

Une patiente dont il accueille les symptômes comme autant de sollicitations : écoute bienveillante, soins attentifs, questions propres à donner du sens aux analyses qui accompagnent ma plainte ?

Une personne dont la douleur l’autorise à une régression ponctuelle : pour exprimer « Maman bobo ! » à ce praticien en blouse blanche investi de ma confiance.

Un être humain que la crainte de souffrir et de mourir rend plus vulnérable.

Un adulte capable d’un partenariat fait de coresponsabilité et de respect mutuel.

A quel moment suis-je en danger de m’identifier à un diagnostic et de disparaître derrière le nom de la maladie, des statistiques ou un pronostic ?

Qu’est-ce qui me ferait douter de ma capacité de réfléchir au point de n’écrire le mot Faculté qu’avec une majuscule, afin d’abandonner les miennes et de m’en remettre à ceux qui en sont diplômés ?

Dr Frankenstein, votre place est dans nos livres d’adolescents où il faisait bon rêver de pouvoirs illimités alors qu’il nous fallait composer avec le principe de réalité et les difficultés d’une identité en construction !

Sortez des cabinets médicaux et des salles d’opération ! Laissez-nous notre médecine imparfaite comme nous !

Cessez de corrompre nos praticiens !

Sous prétexte de leur éviter de vivre l’inconfort de leurs limites comme autant de blessures narcissiques, vous les persuadez d’imposer une nouvelle tyrannie. Nous devrions devenir poupée Barbie. Synthétique, inhumaine, pratique : ni larmes, ni sang, ni panne…

Patients sans peurs. Médecins sans reproches !

Quand il est question de mutilation préventive

Quel est le sens de ce choix radical et privatif ?

Le couteau reprend-il ainsi la fonction sacrée qu’il a dans les rituels des sociétés primitives ?

Mais alors, quelle divinité est ainsi célébrée ?

Evaporé, le bon sens ?

Gelée, la créativité ?

Muselés, les chercheurs qui proposent d’autres formes de soins et des protocoles à la fois révolutionnaires et respectueux de l’intégrité de chacun ?

Décérébrés nous tous, ou fascinés par les tours de prestidigitation médiatiques ?

Dommage que nous manquions à ce point de curiosité !

Dommage que nous laissions nos angoisses nous priver de notre intelligence !

Dommage que dans cette collusion patients-médecins nous cédions à la compulsion d’éliminer ce qui nous dérange avant de nous informer d’autres options alternatives !

Non à cette médecine qui supprime le symptôme au lieu de prendre soin de la personne.

Qui confond santé et absence de maladie.

Qui nie le prix à payer pour le choix de pratiques plus héroïques que « hippocratiques ».

Non à une potentielle condamnation à la peine capitale, ceux qui souffrent ou redoutent de souffrir de la maladie d’Alzheimer.

Non à la décapitation préventive !

︎ MUNCH Edvard (...), Head by Head