L’attachement, une révolution !

(état de veille, épisode 9)




L’attachement est un comportement naturel et spontané qui vient nous rappeler notre condition de mammifères.

Nos connaissances sur le développement de l’enfant, nos théories, nos découvertes sur le cerveau... nous font peut-être oublier la priorité – surtout au début de la vie – du besoin de contact.

Il ne s’agit pas d’un luxe mais d’une nécessité vitale pour le bébé d’être au maximum entouré, « contenu », « embrassé », c’est-à-dire tenu dans les bras – et ainsi satisfait dans sa faim de proximité.

Cet échange de contacts (regards, caresses, bercements, mots ou gazouillis, gestes...) va être dès sa naissance une source de sécurité pour cet enfant plongé dans un monde inconnu dont la découverte et la maîtrise exigent un accompagnement attentif.

Cet accompagnement ne passe pas, comme nos parents et grands-parents le pensaient parfois, par l’apprentissage précoce de la frustration et de la discipline mais au contraire par l’assurance d’une disponibilité inconditionnelle, la satisfaction des besoins (physiologiques, affectifs...) et l’accueil des émotions quelles qu’elles soient. C’est cette permanence de la « personne support d’attachement » qui rassure et autorise l’expression de la peur comme réaction normale et saine à la nouveauté. C’est elle qui permet ensuite l’ouverture au monde, l’exploration de l’inconnu, l’expérience du changement et de la séparation sans angoisse, enfin la socialisation – c'est-à-dire la capacité de vivre avec les autres.

En quatre mots,

Proximité = sécurité 
Eloignement = anxiété

Alice Miller dénonce les violences du « dressage » : exiger de l’enfant une conformité à un « modèle de grand » et lui refuser d’exprimer manques et besoins, cela par différentes formes de contrôle et l’arnaque de l’argument « c’est pour ton bien ». Violence de l’interprétation de la détresse du « tout petit » comme un caprice. Violence d’une idéologie pédagogique synonyme, pour le bébé, de solitude et d’abandon.

Il est supposé comprendre... mais comprendre quoi ? - alors qu’il a tant besoin de réconfort et d’attention bienveillante.

Des études montrent que plus un bébé est assuré de cette présence, mieux il peut construire sa confiance dans le monde qui l’entoure et sa confiance en lui-même. Il peut avoir alors accès à ses propres ressources. Mieux il pourra gagner en autonomie, petit à petit différer la satisfaction de son besoin, supporter tel ou tel changement dans sa vie – ou son environnement. Plus il sera respecté dans ses besoins de bébé, mieux il saura s’adapter au monde qu’il découvre avec et grâce à cette protection.

C’est l’attachement qui permet cette protection. C’est lui qui est source de santé.
L’attachement, c’est de 0 à 120 ans, le besoin d’autrui.

Pour l’enfant qui envoie des signes, c’est la nécessité d’être « décodé » puis validé dans son droit à demander, enfin rassuré par la proximité de cette figure d’attachement (en priorité la mère ou l’adulte de remplacement...) même si cette personne tâtonne, hésite ou se trompe dans la traduction du message.

Ces signes sont à déchiffrer en termes de besoins à satisfaire (dont le besoin de contacts) et d’émotions à exprimer (peur, colère, chagrin, tension, dégoût, surprise).


Aletha Solter insiste sur le besoin du bébé de « pleurer dans les bras » alors que nous serions tentés de vouloir d’abord faire cesser ces pleurs et ainsi mettre un terme à notre sentiment d’impuissance.

Cet accompagnement qui prend la forme de la construction d’un lien, de la création d’un accordage, d’un tissage, d’une relation sensorielle unique et précieuse, c’est l’attachement.


Comment décrire cet attachement, ce besoin d’autrui ?

C’est l’organisation des échanges émotionnels entre la mère et son bébé.
C’est la capacité de cette mère à accueillir son bébé avec chaleur, de reconnaître ses émotions avec tendresse et de répondre à ses besoins de façon adéquate, prévisible et respectueuse.
C’est l’échange de signes pour l’ajustement des comportements de chacun.

Au contraire de cette préoccupation prioritaire, au contraire de cette implication émotionnelle, l’absence de réponse (abus, rejet, négligence) met l’enfant en déséquilibre, en danger, en souffrance. Ce sera même le terreau des violences qui remettront cette détresse en scène une fois que cet enfant sera plus grand, ado, adulte.

Les symptômes et les somatisations peuvent être interprétés comme ruptures dans le système d’attachement, comme une autre façon d’appeler.


Les ingrédients de cette aventure magique : contacts, contacts, contacts.

La clef pour ces liens privilégiés : la réponse encore et encore aux signes mutuels.


Les effets de cette adaptation réciproque :

  • régulation physiologique (alimentation, sommeil, système immunitaire, cycles veille-sommeil) ;
  • régulation émotionnelle et soulagement par la décharge des tensions au fur et à mesure des stress du quotidien ; 
  • construction d’un monde intérieur qui deviendra jardin secret et intimité ;
  • puis capacité de s’adapter et, un jour, de se séparer pour répondre à l’appel du « grand large » ;

Les bénéfices de cette régulation :

  • sécurité
  • curiosité 
  • éveil
  • joie

Les conséquences d’un déficit de ce dialogue: agitation, dépression, retrait, évitement du regard, inhibition, résignation ...

EN CONCLUSION

L’attachement, c’est chez tous les mammifères, le besoin d’être proche, de construire le sentiment de sécurité et de faire circuler l’énergie.

C’est le besoin de présence.



L'attachement comme condition de croissance, de santé et d'autonomie
(état de veille, conférence)