Mais quel âge as-tu, Charlie ? 
(chronique anachronique 14)


De la légitimité de parler à la liberté de se taire.

Après les attentats des 7 et 9 janvier, mais si ! Moi, j’ai peur …

J’ai peur de la violence et du sectarisme, des coups de feu et des exécutions, des prises d’otages et des menaces.

Mais j’ai surtout peur de voir des adultes manquer de discernement !

Qu’est-ce que la liberté de parler sans la liberté de me taire ?
Une provocation ? Un comportement d’adolescent qui n’aurait pas la conscience de sa dépendance ?

Qu’est-ce que la liberté d’expression sans la prise en compte de la sensibilité de mon interlocuteur ?
La violation d’un territoire privé / blessé / intime ? Un risque d’abus ? Le danger de remettre en scène des violences déjà perpétuées et socialement banalisées ?

Qu’est-ce que le respect de moi si je n’identifie pas la prise de risque pour la distinguer de la mise en danger ?

Qu’est-ce que le respect de l’autre si je ne sais pas accueillir ce que je ne comprends pas / ne perçois pas / n’interprète pas comme toi, lorsque je ne partage pas tes convictions ?

Qu’est-ce que la fraternité sans vigilance ? Qu’est-ce que l’empathie sans précaution ?

Qu’est-ce que la démocratie sans désaccords ? Qu’est-ce que la justice sans la maturité de distinguer les conflits inhérents à la vie en communauté et les règlements-de-compte sauvages, toujours manifestation de notre impuissance ?!

Comment éviter la confusion entre blessure personnelle archaïque et fracture sociale, source de violence ?

Qu’est-ce que l’intelligence sans l’intériorisation des limites, des territoires et des croyances à respecter ?

Qu’est-ce qu’être adulte sans la capacité à m’auto-censurer ?

J’ai peur et j’imagine que cette même peur est réveillée chez toi, chez nous, chez eux. Non pas comme synonyme de soumission mais comme invitation à davantage de prudence. Jamais comme prétexte à violence.

C’est parce que j’ai peur que je prends la responsabilité de mobiliser mon sens critique pour davantage de réflexion.
C’est parce que je suis en état de choc que je retrouve mon indignation.

Qu’en est-il de notre curiosité pour le monde ?

Comment passer de la quiétude à l’inquiétude ?

Qu’en est-il de notre souci pour nos frères qui subissent une violence quotidienne au delà de nos frontières ?

Charlie nous interroge sur la liberté de nous exprimer.

QUI nous questionne sur la liberté de survivre dans les pays en guerre ?

︎ VAN GOGH, Vincent (1906), La Nuit étoilée, huile sur toile, source