Ni ange, ni bête, ni poisson rouge (chronique anachronique 7)


Faute de l’autorisation de creuser une tombe dans leur jardin, certains font appel à des entreprises spécialisées dans la construction de piscines.
Toutes les tailles, toutes les nouveautés, tous les prix …

Ont-ils eu connaissance du nombre d’accidents, chaque été ?
Du nombre de chutes mortelles, de noyades-éclair, de drames imprévisibles ?

Apprendre à nager ? Il y a la piscine municipale avec ses surveillants « certifiés ». Se rafraîchir au mois d’août ? Il y a le tuyau d’arrosage, avec fous-rires garantis. Faire confiance aux systèmes d’alarme? Qu’en pensent les compagnies d’assurance ?

Miser sur les techniques de pointe ? Comme pour le Titanic ?

Sourde à ces arguments ou tentatives de me rassurer, je suis et je resterai.
Dans mon jardin : un bac à sable, un ballon, une balançoire, des vélos, des boules de pétanque, des fleurs et des fauteuils…

Pendant mes vacances, une juste surveillance des jeux, bagarres juvéniles, cris de Sioux, bobos divers et genoux couronnés.
Mais pas de place pour cette angoisse permanente : transgression enfantine, manque de vigilance des grands, moment d’inattention et conséquences irréversibles …

Cette tension, aucune barrière sécurisée, aucune alarme, aucune promesse ne pourront l’apaiser.
Cette angoisse, aucune garantie technique ne pourra la conjurer.

L’enjeu est trop important. Et, pour moi, aucun plaisir ne peut justifier un tel risque.

Notre monde d’adultes responsables présente bien sûr des dangers.
A aucun prix, je ne veux assombrir mon quotidien de maman, altérer ma disponibilité de maîtresse de maison, ni alourdir mon anxiété de base en y ajoutant de ma propre initiative, cette menace d’accident et celle d’une culpabilité à perpétuité…


︎ HOCKNEY, David (1967), A bigger splash, acrylique sur toile