Parler ? dire ou non, telle est la question !

(état de veille, épisode 3)




Adolescente rassurée par la liberté d’expression, citoyenne consciente du prix de ce privilège, adulte encore troublée par la question de la censure, j’ai toujours été sensible aux frontières entre l’intime et le social, entre l’indignation et la provocation, entre la peur de l’interdit et le besoin de désordre.
La formule « liberté d’expression » prend une fonction de révélateur. Chacun est invité à partager / imposer / affirmer / « acter » sa position.
Mon malaise a pris la forme de questions à propos d’une expression qui devenait slogan.
Cette liberté serait-elle un dû ?
Quelle serait la nature de cet impératif ?
Qui frappe sur la table et vers qui est dirigé le courroux ?
Que se passe-t-il quand une liberté devient un droit ?
Cette liberté nous priverait-elle de jugeote ?
Nous dispenserait-elle de prendre l’autre en considération, de manifester de l’empathie, d’avoir le souci de lui, de ses besoins et de ses peurs ?
Serait-elle assortie de la tentation de méconnaître la réalité de la vie en commun et son extrême complexité ?
Dans une toute puissance partagée, serions-nous invités à nous croire tout permis, comme un enfant de 2 ans ?
Et si cette liberté, au contraire, nous donnait une autre responsabilité ?
Si elle était exigence de maturité et non le contraire ?
Si elle faisait de l’autre un frère à respecter plutôt qu’un ennemi à contrôler ?
Si elle m’engageait à davantage de réflexion afin de prendre tous les facteurs en compte ?
A raison les médias mettent le spot sur des situations quotidiennes de harcèlement, de menaces et de violence sous de multiples formes mais elles confondent certitudes, conviction, sectarisme, valeurs, principe dans un étonnant appel à mettre toutes les colères en commun.

Nous nous sentons en danger, soit directement soit par personnes interposées.
Chacun y va de son reflexe de survie, comme l’animal qui réagit pour sauver sa peau.
Mais après ?
Comment élaborer – à plusieurs – à partir de situation de crise collective, qu’elle soit sociale, politique ou terroriste.
Qu’est-ce que s’exprimer ?
Quelle est cette liberté ?
Quels en sont à la fois le bien-fondé, les conditions et les limites ?

Parler comme verbe d’action, comme verbe intransitif et, quand il est transitif, comme verbe dont le complément d’objet direct serait moins important que l’initiative qu’il suppose.

Dire ou non ?
Voilà un choix délicat, à la fois gage de sagesse et condition d’autonomie.
De quelle liberté est-il alors question ?
Et s’il s’agissait de conquérir la légitimité de parler pour ensuite accéder à la liberté de le faire … ou non ?



Parler ? dire ou non, telle est la question !
(état de veille, débat de l'épisode 3)






Parler ... mais pas trop !
(état de veille, conférence)