Sans crier gare ! (chronique anachronique 10)


Week end en famille :

- Officiel des spectacles annoté
- Télérama consulté
- Le Masque et la Plume écouté
- Bébé confié
- Devoirs terminés
- Film pour jeune public sélectionné !

Voilà les « aînés » partis avec Papa – Maman savourer une belle histoire sur grand écran … Installation joyeuse et sans doute un peu bruyante. Anticipation délicieuse de cette pause magique. Excitation de ce temps privilégié dans une obscurité hantée. Ah, le temps des pubs ! Celui de la bande-annonce.

Et tout à coup horreur ! Comme sortie des enfers, sans préavis, sans possibilité d’appuyer sur « stop », une avalanche d’images violentes, des coups, du sang, des voitures en folie, des sons stridents, des allusions racoleuses ou obscènes, des échantillons d’œuvres supposées, elles, s’adresser à un « public adulte », voire un public averti.

Et ce sont ces jeunes qui reçoivent, en plein cœur, ces balles à bout portant, ces chocs assortis d’effroi ou d’incompréhension.

Le responsable du cinéma dûment interrogé, jure de sa bonne foi et de son souci d’une censure qui, selon l’expression, respecterait la sensibilité du jeune public.

Indignation.

Questions.

Qui se préoccupe de l’impact de ces images sur le corps, le cerveau et le cœur de ces jeunes ? Qui dénonce ces excès ? Qui s’inquiète de la virulence de ces toxines ? Qui s’oppose à ces agressions inouïes qui les laissent – mais nous aussi – pétrifiés, dégoûtés, fascinés, hébétés ?

Ils venaient rencontrer des héros, s’identifier à eux, construire un royaume imaginaire. Ils se heurtent à des caricatures grossières qui cognent, hurlent, tuent …

Comment éliminer le poison de ces flashes. Quels sont les dégâts à terme de cette nourriture susceptible de provoquer davantage l’écœurement que le rêve ?


︎ BECKMANN, Max (1919), Le Soire, huile sur toile